Le jour où j’ai pris mon bébé dans les bras

Au cours de toute une vie, insoucieux, que quelques dates savent imprégner notre mémoire.  Parce qu’elles sont importantes, marquantes et déterminantes, ces dates ne se comptent que sur les doigts d’une main : naissance, mariage, décès, événements heureux ou tragiques…

Le 7 novembre au matin, j’étais très fébrile.  Il s’agissait de la date où je devais recevoir les exemplaires de mon premier livre La quête du vrai soi : celle qui danse avec le sable.  Après huit années d’écriture à passer des nuits blanches à l’imaginer, à lui parler, à caresser les touches du clavier, à chercher l’inconnu, à vibrer à la texture des mots qui s’embrassent et à pleurer sur certains passages émouvants, il était temps que le bébé sorte de mon ventre.  Il était devenu trop lourd.

Il était temps qu’il se présente à la face du Monde…

À ma grande déception, le bébé n’est pas venu à la date convenue.  À la suite d’une foulée de péripéties difficiles à imaginer, l’entreprise de livraison de colis a finalement retrouvé mes boîtes perdues dans leur entrepôt.  Prochaine date de livraison : le 9 novembre.

Le 8 novembre au soir, complètement crevée après une journée bien remplie de rendez-vous, alors que je stationne ma voiture dans l’allée, j’aperçois six boîtes dressées devant la porte de ma maison.  Comme la foudre qui fend les arbres, j’ai ressenti une décharge électrique monter en moi, du bout des orteils à la tête.

Depuis des années, dans tous les moindres détails, j’avais imaginé la scène : sous un chaud rayon de soleil éclatant, à l’arrivée du camion de livraison, je cours dans l’escalier et j’ouvre toute grande la porte pour laisser entrer dans ma maison le fruit des mes entrailles.  Au lieu, je retrouve le fruit de mes entrailles sur le perron, au froid, à la vue de tous les passants.

Malgré tout, comme une bonne maman tendre et bienveillante, je me suis doucement approchée du bébé abandonné, je l’ai pris dans mes bras et je l’ai entré dans la maison, bien au chaud.  Avec un ciseau, j’ai pris une éternité à découper le ruban adhésif et à ouvrir, une à une, les volets d’une des boîtes pour finalement entrevoir un petit bout, juste un petit bout, du bébé.  C’est après avoir enlevé la membrane blanche qui le protégeait que j’ai pu, pour la première fois, lui voir la binette.

Je venais d’accoucher de mon premier livre.

Comme toutes les mamans de la Terre, je ne peux décrire tous les sentiments qui ont envahi mon cœur ce soir-là.  Même si je suis une artisane de l’émotion, il demeure parfois difficile de décrire l’immensité…

Toutefois, comme toutes les mamans de la Terre, lorsque j’ai serré contre mon cœur l’œuvre de ma chair, je lui ai promis de l’aimer, d’en prendre soin, de la protéger et de tout faire pour lui donner tout ce dont elle aura besoin pour mener une belle vie.

Je ne sais pas où ce livre va m’amener, mais je lui ai promis de le suivre jusqu’à mon dernier souffle.

Chantal Tessier

Écrivaine et narratrice-conteuse

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