Sortir de la marge

Jacinthe Landry

La coach de vie

www.jacinthelandry.weebly.com

 

Sortir de la marge…  Quelle drôle d’expression tout de même!  Lorsque je l’entends, j’imagine toujours une page dans mon logiciel de traitement de texte où je dois définir les marges. Moi qui suis une écrivaine à mes heures, il m’arrive fréquemment de faire de la mise en page et quand celle-ci ne me convient pas, je m’amuse à réduire ou à augmenter les marges comme bon me semble. Et si c’était pareil dans la vie? Je pourrais définir quand et comment j’entre et sors de la marge.  Quel pouvoir aurais-je!

La marge est un cadre. Donc, sortir de la marge signifie, de prime abord, que nous soyons à l’intérieur de ce cadre puisqu’il est possible d’en sortir.  Me voilà à me demander : où est-ce que je me situe exactement? Suis-je dans la marge ou à l’extérieur et qu’est-ce que cela implique? Si le cadre est défini comme étant la liberté d’action dont je dispose, entre certaines limites, pour mes choix et l’exécution de ces choix, ai-je vraiment envie d’être limitée dans mes choix, mes options et mes exécutions?

Pensons-y.  Si certains décident de sortir de la marge, c’est que celle-ci ne leur convient pas totalement. Je ne connais personne qui quitte un endroit qu’il aime où il se sent bien et en sécurité. À moins d’y être forcé, bien sûr…  Et c’est là que ça devient intéressant. Pourquoi, diable, vouloir sortir de la marge? Pourquoi être poussé hors de la marge?  Qu’est-ce qui est si dramatique, malheureux et inconcevable à être à l’intérieur de cette marge?

 

 

Selon mon ami Larousse, être en marge, c’est « être à l’écart de la société, plus ou moins en dehors ». Toujours selon lui, quelqu’un qui est marginal est, par définition, « quelqu’un qui refuse de se soumettre aux normes organisées de la société ».  Honnêtement, je ne me qualifie pas comme quelqu’un qui refuse de se soumettre aux normes et je refuse le titre d’individu à l’écart de la société organisée.  Et pourtant! Parce que je suis gaie, je sors de la marge. Parce que je suis gaie, on me met parfois à l’écart de la société. Puisque je suis une femme, on me refuse parfois certains avantages. Parce que je suis une femme gaie, on me met plus ou moins en dehors de cette société aux normes organisées.  Imaginez si, en plus, j’étais noire, handicapée et musulmane!

C’est alors que je m’interroge encore… Qui? Mais qui donc a conçu ces normes organisées de notre société et cette fameuse marge? Qui est l’imprimeur qui peut définir cette mise en page? Qui refuse que je reste dans la marge pour intégrer cette société, ce cadre? Ai-je vraiment le désir d’intégrer une société aux marges qui seraient si étroites avec des normes si sévères?

Toujours selon mon ami Larousse, la norme, c’est « l’état habituel, conforme à la règle établie ».  Selon moi, être une femme ou un homme est un état habituel. Être homosexuel, hétérosexuel ou transgenre est un état habituel.  Être brun, jaune ou vert est un état habituel.  Avoir un handicap physique est un état habituel.  Avoir la foi, peu importe laquelle, est un état habituel.  En est-il ainsi pour la majorité d’entre nous?

Sinon, c’est décidé!  Si cette règle définie laisse en dehors les femmes, les ethnies, les pauvres, les éclopés, les bouddhistes, les malchanceux et je ne sais qui d’autre, je veux et je vais sortir de la marge!  Ai-je vraiment envie de faire partie d’une société qui s’organise avec un type unilatéral de personne? Ai-je vraiment envie de faire partie d’un groupe qui ne croit ou ne reconnaît qu’un quart de ce que je suis, de ce que je peux apporter à cette société?  Je ne suis peut-être pas dans le cadre, mais je vous assure que je suis normale.  Habituelle, du moins…

En ces jours d’ouverture sur le monde, qui peut se vanter d’être complètement et totalement conforme à la règle établie?  Ne pourrions-nous pas, tout simplement, intégrer tout un chacun dans la page? Les marges sont les balises à l’intérieur desquelles s’écrivent les histoires. Si tout est égal et inclusif, nous n’aurions peut-être plus besoin de marges pour définir et organiser cette histoire. Notre histoire…

Si trop de gens n’entrent pas dans les marges, il n’y aura pas de page. Et s’il n’y a pas de page, il n’y aura pas d’histoire. Et s’il n’y a pas d’histoire, il n’y aura pas de société organisée ou pas.

Les marges indiquent aussi le moment où on va trop loin. C’est l’endroit où l’histoire est invisible et délaissée. Par contre, c’est dans la marge qu’on trouve les notes les plus explicites qui aident à comprendre le texte, les variations et les nuances qui soutiennent l’histoire. Si ce n’étaient pas des marges, nous serions complètement désorganisés.  Sans contredit, nous avons besoin d’elles pour nous aider à nous poser les vraies questions, les bonnes questions.

Peut-être pourrions-nous tout simplement revoir ces marges?  Alors, repensons notre organisation et révisons nos normalités. Permettons-nous de majorer notre société. C’est à nous de définir où se situent nos nouvelles marges.  Soyons l’imprimeur, sans peur et sans rejet, qui ne fait pas que suivre ce que le logiciel de traitement de texte le limite à faire. Écrivons notre page d’histoire à notre façon, cambrée sur nos valeurs, comme aucune société avant ne l’a écrite.

Sortons tous ensemble de la marge et soyons la première page de l’histoire…

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