Simone de Beauvoir : une féministe avant l’heure

Le 16 avril dernier a marqué le 30e anniversaire du décès de l’écrivaine et philosophe Simone de Beauvoir. Celle à qui l’on doit la célèbre citation « On ne naît pas femme, on le devient. » reste, à ce jour, une figure emblématique du féminisme moderne. Adepte d’indépendance et de liberté, Simone de Beauvoir semble avoir mené sa vie comme elle l’entendait, faisant fi des conventions.

L’enfance

Simone de Beauvoir est née à Paris, dans le célèbre quartier Montparnasse, le 9 janvier 1908.  Elle est l’aînée de la famille et deux ans la séparent de sa sœur Hélène. Issue d’une famille bourgeoise, la petite Simone voit le jour dans un milieu traditionnel, attaché aux valeurs religieuses et aux conventions sociales. Dans sa tendre enfance, elle connaîtra tour à tour l’opulence de la bourgeoisie suivie de conditions de vie austères. La faillite de son grand-père maternel, alors banquier à Verdun, assombrit le destin de ses descendants. Considérée comme un crime à l’époque, la banqueroute avait de graves répercussions sur toute la famille, si bien que les Beauvoir n’arrivent pas à se maintenir à flot dans leur chic appartement parisien et se voient dans l’obligation de déménager. Ils se retrouvent alors dans un appartement sombre et exigu, délaissant ainsi leur quartier bourgeois. Malgré son jeune âge, Simone de Beauvoir gardera un souvenir amer de cette expérience de privation.

Ses intérêts marqués pour la littérature et les études seront sa porte d’entrée vers un avenir meilleur. Sa mère, Françoise de Beauvoir, très fière, était par ailleurs convaincue que par leur éducation, ils appartenaient à l’élite. Outre les vacances d’été qu’elle passe à la campagne et qui lui serviront d’exutoire, Simone consacre ses temps libres à la lecture des œuvres qui lui tombent sous la main, comme de nombreux écrits à caractère religieux.

À l’âge de 15 ans, Simone décide qu’elle deviendra une écrivaine célèbre et ne remettra jamais cette décision en cause. Jeune femme de son époque, elle rejette la religion catholique et devient athée, provoquant ainsi un malaise chez sa famille, plus particulièrement chez sa mère très pieuse.

Les études supérieures

À partir de 1925, elle s’investit à fond dans les études supérieures et accumule un nombre impressionnant de diplômes, s’astreignant à une discipline sans failles, mais avec un esprit libre. Elle fréquente l’Institut catholique de Paris et obtient, la première année, le certificat de mathématiques générales, de littérature et de latin. Cette même année, elle étudie les lettres à l’Institut Sainte-Marie de Neuilly.

En 1926, elle poursuit ses études à l’Université de Paris-Sorbonne en philosophie et obtient le certificat de philosophie générale en 1927. C’est en 1928 qu’elle décroche la licence ès lettres (mention philosophie).  En 1929, elle arrive deuxième au concours d’agrégation de philosophie, précédée par Jean-Paul Sartre. Après ses études, elle entreprend une carrière d’enseignante de philosophie au lycée marseillais Montgrand, toujours dans l’attente de devenir une écrivaine célèbre.

L’anticonformisme façon Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre

La rencontre entre le philosophe et écrivain existentialiste Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir sera déterminante. Ils développeront une relation intellectuelle forte et affective que seule la mort séparera. Ils refuseront de se conformer au modèle traditionnel du couple monogame; la vie maritale très peu pour eux. Ainsi, au début de leurs fréquentations, Sartre lui aurait déclaré : « Entres nous, il s’agit d’un amour nécessaire.  Il convient que nous connaissions aussi des amours contingentes. » Couple ouvertement libre, les liaisons extérieures sont communes de part et d’autre, jusqu’à s’immiscer au sein de leur relation. Cela n’était pas sans déplaire à Simone de Beauvoir qui refusait toutes conventions, fière de se poser en marginale. En 1929, il était mal vu pour une femme d’affirmer son indépendance.

Le Deuxième sexe

L’oeuvre marquante de la carrière d’écrivaine de Simone de Beauvoir est Le Deuxième sexe, un essai existentialiste en deux tomes, le premier paru en juin 1949, le second en novembre de la même année. Ce livre a soulevé les passions; plus de vingt mille exemplaires se sont vendues lors de la première semaine. Décrié par la majorité, encensé par certains, il sera mis à l’Index par le Vatican. Simone de Beauvoir reçut de nombreuses critiques et insultes personnelles, notamment de la part de fervents catholiques.

Elle y aborde divers sujets controversés comme la planification des naissances, se positionnant en faveur de l’avortement, un scandale pour l’époque. Elle prône l’indépendance tant financière, intellectuelle que sociale. Elle y défend la thèse que l’inégalité homme et femme est historiquement construite. Selon les auteurs de la biographie Simone de Beauvoir, le livre Le Deuxième sexe représente « la pierre angulaire du mouvement mondial de la libération de la femme ».

 Une grande voyageuse

En 1947, Simone de Beauvoir entreprend de parcourir le monde passant par les États-Unis, l’Afrique et l’Europe. Elle fait la rencontre, à cette époque, de l’homme qui deviendra son amant, Nelson Algren. Cette relation lui inspirera d’ailleurs le roman Les Mandarins, une œuvre fictive qui a pour trame de fond l’après-guerre. Avec ce roman, elle obtient le prix Gongourt en 1954 et une notoriété sans pareil.  L’année suivante, elle poursuit ses voyages et foule le sol asiatique pour la première fois en se rendant en Chine. Ses découvertes l’inspirent et elle visite Cuba, le Brésil ainsi que l’URSS.

 L’héritage

C’est à l’âge de 78 ans, le 14 avril 1986, que décède Simone de Beauvoir laissant derrière elle une œuvre magistrale. Ses écrits engagés tout comme son style de vie farouchement indépendant lui confère le statut d’icône du féminisme.

Avant-gardiste et revendicatrice, Simone de Beauvoir a fait avancer le féminisme. On lui doit la rédaction du manifeste des 343, paru le 5 avril 1971, dans le Nouvel Observateur. Il s’agit d’un texte poignant pour la légalisation de l’avortement suivi de 343 signatures de femmes anonymes et célèbres ayant subi l’avortement clandestin.

En 2008, le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes a été créé en France et est décerné chaque année à une personne qui milite en faveur de la liberté des femmes à travers le monde.

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Valérie Milette

Journaliste

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