Retour sur les chemins de Compostelle

Pour faire suite à mon article intitulé Sur les chemins de Compostelle, publié l’an dernier dans le magazine Les Inspiratrices, je suis heureuse de vous présenter la seconde étape de mon aventure.

En 2014, je suis partie à la découverte de Compostelle avec le désir de faire un voyage seule au moins une fois dans ma vie. Toutefois, je n’avais pas prévu répéter l’expérience à peine trois ans plus tard!  Pourquoi y retourner? Pourquoi accumuler des journées de vacances du travail pour aller marcher, une activité que je pourrais accomplir n’importe où?

Cet automne, j’ai décidé de marcher sur le mythique Camino Francés, l’itinéraire le plus fréquenté de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ayant arpenté plus de 700 kilomètres sur la via Podiensis la première fois, 800 kilomètres de paysages parfois montagneux, parfois désertiques, m’attendaient cette fois-ci.

En me fiant à ma première routine, je présumais ce qui allait se présenter à moi…  Bien que des douleurs musculaires aient été présentes tous les jours, le reste était parfait.  Mais quelle ne fut pas ma surprise de vivre une expérience complètement différente! Malgré mes précautions, rien ne m’avait préparée à tout ce qui allait m’arriver!  Encore une fois, ce voyage m’a complètement bouleversée sur tous les plans.  Au début, je me suis demandé à quoi je pourrais bien penser ayant couvert tous les sujets entourant mon existence. C’est à ce moment-là que la véritable transformation a débuté…

Tout d’abord, mes premiers jours de marche ont démarré dans les Pyrénées. Des paysages plus qu’éblouissants! C’est tout simplement incroyable de voir la beauté de la nature!  J’étais sans voix!  Malgré tout, j’ai vite remarqué que je marchais sans entrain… Une petite voix s’est alors mise à me parler : « Katie, arrête de marcher et va te louer un bel appartement sur le bord de l’eau pendant un mois. »

Voyons donc! Jamais une telle voix ne m’avait parlé ainsi lors de mon premier chemin!  Pourquoi me sentais-je ainsi? J’ai vite compris que je vivais dans le passé. Mon inconscient espérait sans arrêt revoir les pèlerins avec qui je m’étais si bien entendue lors de mon premier chemin. Malgré le fait que je me répétais sans arrêt que j’étais ici pour me créer de nouveaux souvenirs, ça ne semblait pas fonctionner… Jusqu’à ce qu’une sérieuse discussion avec moi-même s’enclenche après une dizaine de jours de marche : « Là, je suis plus que tannée d’entendre tes menaces d’abandon!  Tu marches ou tu arrêtes.  Décide! »

Pour la première fois, j’ai pleuré… Mais j’ai décidé que je n’allais certainement pas abandonner! J’ai alors senti un énorme poids se lever de mes épaules; je me sentais enfin libérée!  Dorénavant, l’abandon ne serait plus une option pour moi. Et pourtant…

Quelques jours plus tard, les pépins se sont encore accumulés. Cette fois, j’aurais eu toutes les excuses du monde pour abandonner!  Quel genre de pépins? Deux rhumes, un problème de circulation sanguine et, surtout, une sérieuse intoxication alimentaire.  Tous m’auront littéralement affaiblie pour le restant du chemin.  Mais vu que l’abandon n’était plus une option, je n’y ai même pas songé! Quand on ferme une porte à clé derrière soi et que l’on regarde devant soi, on continue…

Puis, la magie du chemin s’est amorcée :  la rencontre avec mes mentors.  Des guides, comme Paulo Coelho, qui, dans son livre Le Pèlerin de Compostelle, raconte son chemin avec le sien, Petrus, j’ai eu la chance d’en rencontrer plusieurs!

J’ai fait la connaissance de Garry lors de mon troisième jour de marche. Ce que je le trouvais lourd!  Il entretenait des réflexions poussées sur la vie et cela me tourmentait chaque fois que je lui parlais. J’ai même presque souhaité ne plus le revoir!  Jusqu’à ce que le chemin décide que nous devions nous croiser une dernière fois. Garry avait un message pour moi qu’il m’a livré sans détour : je devais apprendre à être ouverte d’esprit et à me concentrer sur le moment présent.

Depuis, il a visité plus de 70 pays et a expérimenté tout ce qu’il avait envie de faire.  Le chemin m’a fait le cadeau de pouvoir partager un repas avec lui. Je sentais que j’avais besoin de connaître ses apprentissages. Il était certainement l’une des rares personnes qui s’intéressaient plus à l’histoire des autres qu’à raconter la sienne. Et pourtant, des histoires, il en avait! Très attaché à la religion, il s’exprimait sur le fait qu’il ne comprend toujours pas pourquoi les gens s’empêchent de réaliser leurs rêves. J’en avais des frissons! Lors de ce souper, je me rappelle de m’être dit à moi-même, pour la première fois, à quel point je suis fière de moi et que je m’aime telle que je suis.

Le véritable chemin ne débute pas le jour où on commence à marcher, mais au moment où, physiquement, on arrête de marcher.  Ce n’est pas pour rien que je me suis effondrée en larmes devant la magnifique cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle après 32 jours de marche!

Maintenant, à moi de vous demander : Songez-vous à faire le chemin de Compostelle?  Dans l’affirmative, attachez-y une date! En outre, n’hésitez-pas à écrire vos ressentis tous les jours.  Ce fut le conseil que m’a donné une amie… Elle m’a suggéré d’écrire la meilleure chose qui me soit arrivée et la meilleure chose que je voudrais faire tous les jours. Je confirme que ce simple exercice, dans les jours plus sombres, m’a permis de conserver une attitude positive tout au long du parcours.  Surtout, ne vous creusez pas trop la tête pour savoir pourquoi vous souhaitez le faire.  Après tout, il y a autant de raisons de le faire que de personnes sur la terre…

Soyez fière de vous et de tout ce que vous allez accomplir! Personnellement, j’ai toujours eu peur de rester seule à la maison. Cela ne m’a pas empêchée de pousser mes limites et de partir très tôt, à la lumière frontale, pour marcher quelques heures, seule, dans la noirceur et dans une partie complètement désertique du chemin! Le sentiment de fierté éprouvé à la suite de cette expérience est indescriptible…

Dans toute sa beauté, mon chemin aura croisé celui de gens provenant de 31 pays dans le monde, ce qui m’a permis de profiter du moment présent avec chacun d’eux, ne sachant pas si j’allais les revoir un jour. J’ai également fait confiance au chemin en ce qui concerne les apprentissages que j’ai reçus. Un jour, j’y retournerai…  Vais-je vous y croiser?

Finalement, pourquoi suis-je retournée marcher sur les chemins de Compostelle? La réponse se trouve dans cet article. En fait, mon chemin vient tout juste de débuter…

Ultreïa!

Katie Sanscartier

Globetrotteuse

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2 Comments

  1. Merci de partager ton expérience sur le chemin de Compostelle.
    Je planifie ma route pour 2020 et j’ai très hâte de pouvoir vivre cette expérience.
    J’ai enfin un but dans la vie et j’aime lire tout ce qui s’y rattache.
    Au plaisir de se rencontrer, peut-être sur le chemin.

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