Marie-Lise Pilote : la femme derrière le marteau

Par Chantal Tessier

Fondatrice de Les Inspiratrices

 

Pour la plupart, nous avons connu Marie-Lise Pilote, dans les années 1980, par son rôle de la « méchante » dans le  Groupe sanguin.  De sa fenêtre, toute de briques vêtue, cette grincheuse sympathique faisait bien rire par ses répliques  absurdes, mais  avec un fond de vérité.  D’autres se souviennent d’elle lorsqu’elle animait l’émission Ma maison Rona présentée sur les ondes de TVA.  Avec son casque et ses bottes de protection, elle nous impressionnait avec son vocabulaire habile en rénovation.

En ce qui me concerne, j’ai toujours apprécié cette femme dynamique et sympathique qui, comme un petit coussin de céréale, mettait de l’avant son petit côté tant féminin que masculin.  C’est ce qui faisait son charme…

Bonjour, Marie-Lise!  Vous êtes une figure importante dans le milieu de l’humour et votre style a toujours été un peu particulier.  D’où sort cette façon de faire qui est unique?

En fait, on ne décide pas son genre d’humour.  Ça se dessine tout seul.  Au début, on essaie des affaires, mais avec le temps et l’expérience, on finit par découvrir son style, sa manière de dire les choses.  Par exemple, quand j’ai commencé, je jouais plutôt des personnages; plus tard, je me suis davantage dirigée vers le stand up.

En ce qui me concerne, j’ai toujours joué des femmes très fortes avec du caractère.  Par exemple, on peut penser à Lauretta Tanguay, la chanteuse alcoolo, à la méchante dans sa fenêtre ou encore à la fille des îles de la Madeleine.  Ces femmes que j’incarnais n’étaient pas des victimes.  Elles avaient des opinions et de l’assurance!

J’aime dire les choses sans détour du point de vue féminin.  J’ai toujours eu un parti pris pour la condition des femmes.

Dans ma perception, l’humour est un milieu plutôt masculin.  Est-ce difficile pour une femme de l’intégrer?

J’ai adoré faire ce métier!  J’ai voyagé, je me suis amusée et j’ai rencontré des personnes extraordinaires!  Toutefois, lorsque j’ai commencé, il n’y avait pas beaucoup de femmes en humour et, même si les gars étaient super gentils avec moi, je me sentais tellement seule!  Cela a duré pendant des années!

J’essayais de faire partie de la gang, mais ce n’était pas toujours évident.  Pour faire de la tournée avec des gars, il fallait être un peu rough.  Je devais être forte et développer mon côté plus masculin en moi pour pouvoir passer au travers.  (rire)  Me retrouver entre filles m’a beaucoup manqué…

Lorsque j’ai arrêté de faire des spectacles d’humour, j’ai ressenti ce besoin de me rapprocher des femmes.  À partir du moment où j’ai commencé à les côtoyer, je me suis découverte. J’ai laissé aller d’autres facettes de moi que je ne connaissais pas. Je me suis permis de montrer la Marie-Lise  plus vulnérable et sensible.

Outre l’humour, vous avez également démontré une grande passion pour la rénovation, ce qui est plutôt rare chez les femmes.  Souvent, elles n’aiment pas beaucoup le désordre et la poussière…  Encore une fois, d’où vous vient cette passion?

J’aime créer de mes mains, modeler, construire, sculpter, peindre et bricoler.  J’aime voir quelque chose prendre forme.  Que ce soit pour l’art, l’aménagement intérieur ou la création d’un spectacle, j’ai une grande fascination pour le processus créatif.

Pour moi, déménager n’est pas synonyme de poussière, mais plutôt de changement pour le mieux.  Changer pour découvrir autre chose, bâtir, aménager un nouveau nid… Dans ma vie, j’ai déménagé souvent et, chaque fois, je me suis inventé un nouvel environnement qui ressemblait davantage à celle que je devenais.

Je crois bien que le mixage de ces deux intérêts a donné naissance à ma passion pour la rénovation!  Rien n’arrive pour rien.  (rire)

À ce point que vous avez décidé d’en créer une entreprise!

Oui!  Mon entreprise Pilote et filles fêtera sa dixième année d’existence en 2019 et j’en suis très fière!  À ce jour, nous comptons plus de 1 300 dépositaires à travers le Canada et notre site Internet attire des clientes partout à travers le monde.  Il était temps que les femmes aient des vêtements et des chaussures de travail conçus pour elles!  C’est important qu’elles se sentent belles et à l’aise dans leurs vêtements.

Au début, nous avons créé des bottes de sécurité roses pour faire parler de nous.  Bien des couleurs ont suivi, mais, à ce jour, le rose reste la couleur de prédilection de nos clientes.  Elles ont envie de s’afficher en tant que femmes dans leur milieu, elles veulent rester elles-mêmes.

C’est quand même assez novateur comme concept!

Effectivement, en constatant l’engouement que les travailleuses avaient pour la collection, nous avons vite compris que cela répondait à un réel besoin.  Et c’est bien tant mieux pour les affaires puisque nous nous positionnons en tête de liste dans cette industrie de vêtements pour femmes.

Toutefois, pour moi, Pilote et filles, c’est beaucoup plus que ça!  C’est une communauté de femmes qui assument leur choix et qui font avancer la cause des femmes dans des métiers où les hommes sont encore très présents.

De ce que je comprends de votre parcours, vous êtes très impliquée dans la cause pour l’avancement des femmes que ce soit dans les métiers non traditionnels ou dans d’autres domaines.

Pour avoir moi-même exercé, pendant des années, un métier entouré d’hommes, je sais ce que vivent les femmes sur les chantiers et cela me touche beaucoup.  Je me sens concernée.  D’ailleurs, je dis souvent : « Si nous créons des vêtements de travail pour vous, les filles, c’est parce qu’il y a des métiers qui vont avec, alors foncez! Prenez vos marteaux et cassez le plafond de verre! »

C’est aussi important pour moi d’encourager la relève féminine en humour. À mes débuts, je n’ai pas eu cette chance d’être soutenue par un regard féminin, alors j’essaie de donner aux jeunes ce petit coup de pouce que j’aurais aimé avoir.

J’ai donné mon dernier spectacle d’humour il y a quatre ou cinq ans.  Maintenant, je suis rendue ailleurs.  Je ne cherche plus à être devant les caméras.  Je ne ressens plus autant ce besoin de laisser ma marque, d’assouvir cette soif d’être connue et reconnue.  J’ai plutôt envie de partager mes connaissances, de transmettre mon savoir et mon expérience pour aider les autres à s’élever dans leur propre passion.  Je trouve cela gratifiant.  C’est vraiment le fun!

Au cours des dernières années, j’ai perdu beaucoup de personnes dans mon entourage et j’ai réalisé à quel point on est si peu de choses…

Vous avez tellement raison!  Alors comment voyez-vous votre avenir?

J’ai probablement le même objectif que tout le monde : je veux être heureuse, tout simplement.  Même si je mets beaucoup d’énergie à faire croître mon entreprise, je veux prendre du temps pour moi et faire ce que j’aime.  Je voyage, je jardine, je fais de la mise en scène de spectacles pour d’autres artistes et cela me nourrit beaucoup.

Je veux continuer à être passionnée!  Je veux créer de mes mains, mais aussi continuer à avoir un contact avec mon public. C’est pourquoi, dans les trois dernières années, j’ai consacré plus de temps à l’écriture.

En parlant d’écriture, n’avez-vous pas sorti un livre récemment?

Effectivement!  Il s’intitule Tout bas ou à voix haute.  Sous forme d’un recueil de textes autobiographiques, je parle de mes passions, petites et grandes, qui me ramènent à l’essentiel et m’aident à décrocher du quotidien. Je raconte mes douces folies, celles qui apportent de la légèreté et du piquant à mon existence. Je me remémore aussi les moments-clés de mon parcours.

Je crois qu’il s’agit d’une lecture qui fait du bien, d’un livre d’été à lire à voix haute autour du feu.  Les femmes qui ont lu mon livre me disent qu’elles se reconnaissent dans mes textes.  Elles ont été touchées par certains passages et, à d’autres moments, elles ont eu le sourire aux lèvres.

En fait, ce livre est un rêve de petite fille.  Quand j’étais petite, la première chose que je me suis achetée avec mon argent de poche, c’était une machine à écrire.  Je voulais être auteure et écrire des histoires.

Je l’avoue, j’ai été surprise d’apprendre que Marie-Lise n’avait pas fait de spectacles d’humour depuis cinq ans.  Je la vois encore sur scène et c’est comme si c’était hier!  Il était temps de peser sur le bouton F5 pour rafraîchir le tout puisque j’ai eu le bonheur de découvrir d’autres facettes de cette femme qui n’a jamais eu peur de dévoiler ses vraies couleurs.

C’est ce que j’ai toujours admiré chez elle.

Merci, Marie-Lise Pilote.

www.piloteetfilles.com

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