À la rencontre d’une entrepreneure québécoise au Rwanda

Il suffisait d’un stage de coopération internationale sur le continent africain pour que lui vienne l’idée de fonder son propre site d’hébergement touristique en sol rwandais. Marie-Noëlle DeVito a succombé aux charmes du pays et de ses habitants, si bien qu’à peine deux années plus tard, elle ouvrait officiellement le Inzu Lodge à Gisenyi au Rwanda, à flanc de montagne avec une vue imprenable sur le lac Kivu.

Marie-Noëlle est de celles qui vont au bout de leurs aspirations, aussi grandes et audacieuses soient-elles. À la fin de l’année 2010, elle s’est lancée dans un projet d’envergure, celui de tout quitter ; famille, amis, emploi et pays pour ouvrir un gîte touristique au Rwanda.

Originaire de la ville de Québec, Marie-Noëlle DeVito s’est établie à Montréal pour entreprendre ses études universitaires. Elle n’a plus quitté la métropole, poursuivant ses études jusqu’à l’obtention d’une maîtrise en communication. Une fois l’université terminée, elle est devenue organisatrice de collectes de fonds et a oeuvré pendant plusieurs années auprès d’organismes à but non lucratif comme Moisson Montréal et l’Association pulmonaire du Québec. Un parcours qui ne la destinait pas à une carrière dans le tourisme à l’étranger.

Au début de la trentaine, elle part seule en voyage en Italie.  Ce sera l’élément déclencheur qui lui donnera envie de parcourir le monde à la découverte des autres cultures. Elle fera par la suite plusieurs voyages à l’étranger passant par la Thaïlande, l’Égypte et le Pérou. Puis, le rêve de s’investir dans le tourisme écologique au milieu d’une petite communauté grandit. C’est d’ailleurs l’émission Partir autrement, alors animée par Bruno Blanchet, qui nourrira ce désir.

En 2009, à l’aube de ses 35 ans et en quête d’une expérience touristique plus significative, elle s’inscrit à Québec sans frontières, un organisme qui permet aux Québécois de 18 à 35 ans de réaliser des stages de solidarité internationale. Sa demande acceptée, elle se prépare pour un stage à Madagascar, mais peu de temps avant, tensions politiques obligent, la destination est changée pour le Rwanda. Déçue et un peu inquiète, ne pouvant s’empêcher de songer au passé sombre de ce pays africain, elle part tout de même pour un voyage de dix semaines. Sa déception sera de très courte durée, car elle s’y plaît rapidement, au point de ne plus vouloir quitter le Rwanda. Si elle revient au Québec à la fin de son stage, c’est pour mieux repartir.

De retour en sol québécois, déterminée à démarrer son projet, elle devra quitter son emploi, suivre une formation en entrepreneuriat et monter son plan d’affaires. Un défi de taille !

Les Inspiratrices a eu la chance de s’entretenir avec Marie-Noëlle DeVito.

Quelle est la signification de Inzu dans Inzu Lodge?

Inzu signifie « maison ». Au début du projet, j’avais l’intention de construire des maisons rwandaises traditionnelles, mais j’ai réalisé que ça coûtait très cher de construire ce genre de maison. Je me suis donc tournée vers les tentes safaris. Le mot Inzu est resté parce que je veux que nos clients se sentent comme à la maison.

Quelles sont les langues parlées à Gisenyi?

Les Rwandais parlent le kinyarwanda, mais les trois langues officielles sont le kinyarwanda, l’anglais et le français. En ce moment, c’est l’anglais qui est le plus utilisé dans les bureaux et dans le travail, mais les villageois continuent de parler le kinyarwanda. Je parle un peu le kinyarwanda, mais pas assez pour avoir une conversation. C’est une langue difficile et je n’ai jamais été très bonne pour apprendre une langue.

Comment s’est passée votre intégration parmi la communauté rwandaise?

Mon intégration s’est très bien passée. Les Rwandais sont très accueillants. Grâce au stage Québec sans frontières, je connaissais déjà quelques Rwandais en qui je pouvais avoir confiance pour m’aider dans mon projet.

Étiez-vous la seule nord-Américaine lors de votre établissement au Rwanda?

Non, il y a beaucoup d’expatriés au Rwanda. Beaucoup d’entre eux travaillent pour des ONG (organisation non gouvernementale).

Comment les Rwandais vous ont-ils perçue, alors que vous étiez une entrepreneure étrangère?

Les investisseurs sont très bien accueillis. Le gouvernement a mis en place des politiques pour faciliter la venue d’investisseurs étrangers. Le gouvernement est très ouvert à ce sujet.

Avez-vous fait face à des préjugés? Si oui, lesquels?

Oui, il y a beaucoup de préjugés envers les Blancs. La colonisation a fait beaucoup de dommage au Rwanda et en Afrique. Plusieurs personnes croient que tous les Blancs sont très riches.

Quel est le portrait type du touriste qui fréquente le Inzu Lodge (s’il y en a un) ?

La majorité de nos clients sont des expatriés qui habitent au Rwanda et qui visitent Gisenyi pour quelques jours. Souvent des membres de leur famille ou des amis viennent les visiter et ils passent par Gisenyi. Nous avons également certains touristes qui viennent au Rwanda pour quelques semaines et qui passent quelques jours à Gisenyi.

On ne peut s’empêcher de penser aux diverses tensions politiques, aux dangers lorsqu’on fait référence au Rwanda. Qu’en pensez-vous?

En ce moment il n’y a aucun danger au Rwanda. La situation est plutôt catastrophique au Burundi. Mais le Rwanda n’est pas concerné. Il y a beaucoup de préjugés envers le Rwanda qui sont véhiculés par les médias, mais la réalité et le quotidien au Rwanda sont différents. Les gens vivent en paix. Il n’y a pas de tensions politiques. Les Rwandais adorent leur président et vont probablement le réélire pour un troisième mandat. Il faut faire attention avec tout ce qu’il se dit dans les médias à propos de l’Afrique. C’est facile aussi pour un Occidental d’avoir des préjugés envers l’Afrique. Bien entendu, plusieurs pays du continent ont de sérieux problèmes de gouvernance et beaucoup de gens vivent dans des conditions horribles. Mais il y a aussi des gens très riches et des gens qui ont la volonté de changer les choses.

Encore aujourd’hui, le tourisme rwandais est très souvent perçu comme risqué.

Oui et c’est malheureux ! C’est parce que les médias continuent de véhiculer une mauvaise image du pays. Les touristes plus aventureux qui arrivent au Rwanda constatent que c’est un pays magnifique, facile à visiter et très sécuritaire. Kigali ressemble à une capitale européenne. Beaucoup de gens pensent encore que l’Afrique est un seul pays. Donc, quand un conflit éclate dans un pays en particulier, ils ne font pas la différence entre celui-ci et tout le continent.

Pendant l’épidémie d’Ebola, je recevais des messages de gens qui me demandaient si j’étais en sécurité. Quand on regarde la carte de l’Afrique on peut voir que les pays qui ont été touchés par ce virus sont très loin du Rwanda. Je me sens plus en sécurité de marcher seule la nuit au Rwanda qu’à Montréal.

En quoi consiste l’éco-hébergement?

Un écolodge est un hôtel qui veut diminuer son empreinte écologique en recyclant ses déchets, en utilisant des sanitaires qui polluent le moins possible, en installant des panneaux solaires, tout en s’impliquant dans la communauté.

Vous êtes à l’origine d’un projet très noble qui s’appelle Dumbo Back To School. En quoi cela consiste-t-il ?

Avec le projet Dumbo Back To School, nous aidons des familles du village en payant les uniformes et le matériel scolaire de leurs enfants. L’école est gratuite, mais les familles doivent quand même payer pour les uniformes et le matériel. Pour certaines, ce n’est pas possible. C’est le chef du village qui choisit, chaque trimestre, quelles familles vont participer au projet. L’année scolaire commence en février et se termine en novembre. Pour participer au fonds Dumbo Back To School, il suffit d’acheter une peluche « Dumbo » made in Rwanda pour la somme de 4 000 Frw (6$ CAN). Cette peluche mesure 15 cm de haut sur 15 cm de large.

C’est un beau projet qui permet aux clients du Inzu Lodge de faire tout un changement dans la vie des familles de la communauté locale !

Oui. De plus, parmi les activités proposées au Inzu Lodge, il y en a une qui offre la possibilité aux clients d’aller cuisiner et manger avec une famille rwandaise. Pendant quelques heures la famille rwandaise et les touristes cuisinent et mangent ensemble. Tous nos clients reviennent de cette expérience très heureux d’avoir partagé un moment privilégié. Parfois même, lorsque les clients retournent dans leur pays, ils envoient des photos ou un petit cadeau à la famille!

Quels sont vos projets pour 2016?

À la fin de l’année 2015, la capacité du Inzu Lodge a doublé, passant de quatre à huit tentes. Nous devons donc terminer les infrastructures et nous adapter à accueillir plus de clients. J’aimerais aussi installer un système de panneaux solaires pour remplacer les chauffe-eau électriques. J’ai appris, depuis que je vis au Rwanda, à ne pas avoir trop de projets à long terme. Je vis plutôt au jour le jour!

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui souhaiterait démarrer son entreprise à l’étranger?

Mon conseil est de connaître des gens de confiance qui sont originaires du pays où l’on veut s’installer. C’est très facile de se perdre à l’intérieur d’un système administratif qu’on ne connaît pas ou de se faire escroquer. J’ai eu la chance d’être entourée de gens en qui je pouvais avoir confiance à 100 %. Mon second conseil est de suivre son coeur et ses intuitions. Lorsqu’on sent que quelque chose ne va pas on doit se retirer.

Merci Marie-Noëlle.

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Valérie Milette

Journaliste

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