VéroniKaH : entre l’ombre et la couleur

C’est le cœur rempli d’admiration que j’ai raccroché le combiné après mon entrevue de près d’une heure et demie avec VéroniKaH, artiste-peintre, née sous le prénom de Véronique.  Authentique et profondément inspirante, elle a eu l’extrême générosité de partager avec moi son éprouvant et touchant parcours de vie.

VéroniKaH, pouvez-vous me parler un peu de vous et de votre cheminement de vie?

Je suis née en France et, depuis l’âge de trois ans, j’ai été élevée « à la française », ici, au Québec. Mes parents étaient très contrôlants, ce qui a fait en sorte que, dès mon jeune âge, je me suis sentie isolée. Mon premier amoureux était également très contrôlant. C’est à l’âge de 14 ans que l’anorexie a débuté. Un agencement de mauvaises personnes autour de moi et d’expériences traumatisantes m’a amenée à vouloir me faire aimer à tout prix et cela s’est manifesté par un trouble du comportement alimentaire.

À 20 ans, j’ai eu l’énorme privilège de rencontrer mon mari, l’homme de ma vie, avec qui j’ai eu le bonheur d’être la maman de trois magnifiques garçons, dont des jumeaux.

Après la naissance de mon premier fils, j’ai fait une grave dépression post-partum et j’ai chuté.  J’ai été hospitalisée, car ma vie était en danger. Je ne pesais alors que 80 livres! C’est mon fils qui m’a sauvé la vie. J’étais sa mère et je ne pouvais pas le quitter comme ça. J’ai donc décidé de me battre pour lui.

J’ai ensuite fait deux fausses couches. Pour ne pas chuter à nouveau, je savais que je devais trouver quelque chose à quoi m’accrocher et c’est l’art qui fut ma bouée de sauvetage. Quand je peignais, je n’étais pas dans mon corps, j’étais dans un univers parallèle.

J’ai remonté la pente et je suis retombée enceinte… de jumeaux!  En apprenant la nouvelle, j’ai dit à mon médecin : « J’ai perdu deux bébés. Le Bon Dieu s’excuse et me les redonne aujourd’hui!  ».

Je savais que ces deux enfants étaient arrivés dans ma vie pour une raison bien précise : m’apprendre à me déculpabiliser. Malgré le fait que j’étais la même mère pour mes deux enfants, les deux ne réagissaient pas toujours de la même façon. Cela m’a donc appris que je n’étais pas responsable de tout, tout le temps.

Quand et comment la peinture s’est-elle intégrée dans votre vie?

J’ai commencé à peindre en 2000, mais j’ai arrêté en 2003 avec l’arrivée de mes jumeaux, puis j’ai recommencé activement en 2008 quand ils sont entrés à la garderie.

À ce moment-là, les choses ont commencé à débouler et je suis devenue, à mes yeux, une véritable artiste-peintre. Je donnais aussi des cours d’aérobie à temps partiel, mais mon mari m’a offert de prendre un congé sans solde afin que je puisse développer mon métier d’artiste peintre à temps plein.

Comment décririez-vous votre relation avec la nourriture relativement à votre trouble du comportement alimentaire?

Pour moi, manger en public demeure toujours profondément inconfortable. C’est comme si je demandais à quelqu’un de se déshabiller en public. Ça bloque complètement et, si je le fais, j’avale sans goûter.  Je ressens un profond sentiment de honte. Il n’y a que très peu de personnes avec qui je suis capable de manger.  Sinon, je dois absolument le faire en privé.

Comment vivez-vous avec votre maladie aujourd’hui, à l’âge de 52 ans?

Je me fais beaucoup moins violence aujourd’hui. J’ai peint 3 200 toiles jusqu’à maintenant et, à chaque toile que je crée, je m’aime un peu plus. Jour après jour, j’ai un peu plus d’amour pour moi-même que j’arrive à mettre dans ma boîte. Pour moi, c’est comme si chaque jour était un grain de sable de plus sur ma plage. Pour l’instant, je la construis encore et je n’ai pas encore le droit de m’y étendre, mais je sais que ce jour arrivera.

Depuis trois ans, je prends aussi des médicaments qui m’aident à mieux manger et qui ont pratiquement éliminé mon anxiété. Je me sens bien et j’ai une énergie rayonnante. Avant, je pensais à la nourriture 24 heures sur 24, 365 jours par année et j’étais obsédée par les calories que je ne devais pas manger. Aujourd’hui, tout cela est complètement différent.

Bien sûr, il reste encore une certaine vulnérabilité chez moi. Toute ma vie, j’ai cru que j’étais insuffisante : pas assez bonne, pas assez gentille, pas assez ceci, pas assez cela… Cette fragilité existe encore, mais je guéris mes blessures un peu chaque jour.

Comment vit-on avec le jugement des gens?

C’est malheureux, mais il y a encore énormément de gens qui ne comprennent pas les troubles alimentaires et qui portent des commentaires inappropriés. On m’a déjà dit que je n’avais qu’à manger pour régler mon problème.  Comme si c’était si simple! C’est pourquoi, aujourd’hui, je suis heureuse de faire des conférences pour tenter d’éduquer les gens sur le fait que l’anorexie est une maladie mentale.

Vous avez une apparence unique avec vos tatouages et vos cheveux. Que cela représente-t-il pour vous?

J’ai toujours eu les cheveux rasés, car je ne voulais pas avoir l’air d’une femme. Récemment, je me suis fait poser des rallonges, car maintenant, je suis fière d’être une femme selon ma définition et mes critères. Pas une femme de style « femme d’affaires », mais une « femme artiste » qui me ressemble. Ma définition de qui j’ai envie d’être et de qui je suis commence à se préciser.

Malgré les jours sombres, on peut dire que la couleur fait partie maintenant de votre vie…

Mes œuvres sont empreintes de souffrance et d’intensité, mais aussi de dynamisme et d’audace qui caractérisent bien la femme que je suis. Je partage mes états d’âme à travers mon art.  Je m’inspire de l’essence des émotions des gens qui croisent mon chemin.

J’aime fusionner le réel et l’imaginaire pour créer des images stupéfiantes et puissantes. La symbolique de mes œuvres n’est jamais dictée, je laisse plutôt la place aux différentes interprétations, aux imprévus de l’inconscient et au fantastique. Mes idées me viennent instinctivement dans une recherche constante de nouvelles combinaisons de couleurs et de textures.

Emplie d’un désir de dépassement, d’exploration et de renouvellement, créer est devenu pour moi une nécessité.  Quand je peins, je ressens un plaisir profond à l’intérieur de moi et ça m’apaise lorsque je vis des moments de souffrance. Également, je réfléchis beaucoup et ça me permet de cheminer.

Mon but est de faire rêver…

Y a-t-il d’autres outils que vous avez utilisés dans votre processus de guérison?  

Mes enfants et mon mari! Ils sont une grande fierté pour moi et je sens aussi leur fierté envers moi. Ils m’ont beaucoup aidée à guérir de mes blessures et m’ont permis de me faire du bien.

J’ai appris que j’avais le droit de m’aimer et de faire des erreurs.  Cela dit, il s’agit d’un travail très personnel que chaque personne est responsable de faire elle-même et cela peut être un très long processus… Il n’y a personne qui peut prendre soin de soi mieux que soi.  Ensuite, le temps fera son œuvre.

En conlusion, qu’aimeriez-vous livrer comme message?

Je sais que Dieu m’a mise sur la Terre pour livrer un message. Pour vrai, je ne devrais pas être vivante…  Je suis une miraculée!

Mon parcours de vie m’a appris qu’il faut se faire confiance, accepter ses erreurs et surtout s’aimer même dans ses défauts. Il faut accepter de ne pas être parfait et vivre, au jour le jour, les expériences sur lesquelles nous n’avons pas le contrôle. Accepter de ne pas avoir le contrôle mène à un lâcher-prise qui apporte un grand bien-être.

VéroniKaH est la représentation même de la beauté sous toutes ses formes. Je serai éternellement reconnaissante envers la Vie pour m’avoir donné le privilège de les connaître, elle et son histoire.

Merci, VéroniKaH.

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Karyne Mongrain

Vice-présidente nationale et conseillère indépendante

www.karynemongrain.arbonne.com

2 Comments

  1. Magnifique témoignage d’un parcours difficile et tellement humain. Veronikha raconte tout haut ce que certaines personnes vivent tout bas. Merci.

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