Se libérer de son poids, c’est possible!

Manger! Plus qu’un besoin fondamental, la nourriture est au cœur de nos relations interpersonnelles. Elle unit le nourrisson à sa mère, elle accompagne les célébrations, les rencontres et les discussions. Elle est omniprésente.

À la fois source de plaisir et de culpabilité, de réconfort et d’inconfort, manger s’avère plus complexe qu’un simple besoin essentiel à combler. Pour plusieurs, l’alimentation peut miner l’existence. Trop ou pas assez? Que se passe-t-il lorsque la relation avec la nourriture est malsaine?

Lorsqu’une personne entretient un rapport difficile, voire malsain avec la nourriture, il peut s’agir d’un trouble alimentaire, précise la nutritionniste Guylaine Guèvremont. Spécialisée en alimentation intuitive, elle a fondé Concept MuUla en 2006, elle a publié plusieurs livres et elle donne des conférences sur le sujet. Sa mission : aider les gens à trouver une solution aux problèmes de poids, d’image corporelle et de troubles alimentaires.

Comment définit-on un trouble alimentaire?

Les troubles alimentaires sont extrêmement complexes et il est difficile de donner une seule définition pour l’ensemble de ces troubles. Ce sont d’abord et avant tout des problèmes de santé mentale qui viennent avec toutes sortes de ramifications profondes. Généralement, le point commun entre les différents troubles alimentaires est la souffrance. Les personnes qui ont un trouble alimentaire vont, par exemple, vivre une souffrance excessive envers la nourriture ou envers leur corps. C’est souvent l’élément déclencheur qui permet de prendre conscience qu’il y a un problème. Ce n’est pas normal d’entretenir un rapport de souffrance avec la nourriture.

Cependant, il ne faut pas généraliser, car certaines personnes vivent avec un trouble alimentaire, comme l’hyperphagie, et ne ressentiront pas de souffrance. Elles vont manger des quantités excessives d’aliments et vont se sentir coupables… ou non. Elles peuvent ressentir de la souffrance ou ne pas en ressentir du tout; c’est tellement complexe à définir!

Manger ses émotions, est-ce un vrai trouble alimentaire?

Oui et non, car tous les êtres humains mangent leurs émotions à différents niveaux. Il s’agit du premier lien que nous avons avec notre mère qui nous nourrit. C’est une source de réconfort et c’est normal que nous ayons ce désir de combler une émotion par la nourriture une fois de temps en temps. Cela devient problématique lorsqu’il s’agit de l’unique moyen utilisé. Ce n’est pas rare que des personnes en consultation me disent qu’elles n’ont pas l’impression de manger leurs émotions, qu’elles ne le ressentent pas. En fait, elles ne ressentent pas leurs émotions, car celles-ci sont masquées par la nourriture. C’est le même principe que l’alcoolisme; ce n’est pas toujours conscient.

Ça se passe entre la tête et le corps…

L’être humain possède trois cerveaux : un dans la tête, un au niveau du cœur et l’autre au niveau du ventre.  Lorsqu’une personne s’engourdit par la nourriture, elle se trouve à être déconnectée de son corps. Souvent, elle va se percevoir comme deux entités distinctes : la tête et le corps. C’est un bon indicateur que le côté émotionnel est refoulé. Les personnes qui vivent avec ce trouble sont indécises, elles ont énormément de difficulté à prendre des décisions au quotidien, car le rationnel prend toute la place.

Est-ce que trouble alimentaire et estime de soi vont de pair?

Oui. Pour une personne qui ne ressent plus ses émotions, le corps devient cette chose qui ne lui appartient pas. Ce corps, qui est presque comme un objet, devient une source de critique et de haine. Il y a donc un lien entre l’estime de soi et la perception de son propre corps. Une personne qui a une faible estime d’elle-même, qui ne s’aime pas, n’aimera pas son apparence physique non plus.  L’intensité avec laquelle elle rejette son corps n’est que le reflet de son niveau d’amour-propre.

Paradoxalement, plus une personne critique son corps, plus elle entretient une haine envers lui et plus il lui sera difficile de le transformer. C’est lorsqu’on apprend à s’aimer d’abord et à accepter son corps que cela devient plus facile. Souvent, les gens craignent de faire ce pas-là et d’aller vers l’acceptation de soi, car ils ont peur de se résigner en quelque sorte. Ils croient, à tort, que s’ils parviennent à s’accepter, ils ne seront plus en mesure de perdre du poids, alors que c’est complètement l’inverse!

Lorsqu’on s’aime, on veut se nourrir de façon adéquate pour avoir de l’énergie, on ne veut pas laisser son corps dans un état de famine. On veut choisir des aliments qui nous font sentir bien et on est davantage porté à prendre soin de soi. Il n’y a que des avantages à apprendre à s’aimer. C’est ce que je dis aux gens.  Au pire, si notre corps ne change pas, on l’aime tel qu’il est et, si on réussit à atteindre notre poids naturel, on aura gagné pour notre santé et on va l’aimer aussi! Il n’y a rien à perdre!

Pour se libérer d’un trouble alimentaire, il faut donc aller au-delà du physique. Votre approche consiste-t-elle d’abord et avant tout à apprivoiser la dimension psychologique liée à un problème alimentaire?

Comme beaucoup de domaines dans la vie, 80 % de la guérison est attribuée au mental et 20 % au côté physique ou technique. Dans ce processus, il y a une partie technique où l’on donne des conseils et de l’information sur l’alimentation pour aider les personnes à se départir de certaines habitudes néfastes. Mais il faut aussi soigner le mental et aider les gens à affronter leurs peurs pour qu’ils puissent se débarrasser des fausses croyances qui les habitent. C’est un équilibre, car travailler le côté technique à lui seul ne suffit pas, tout comme se concentrer uniquement sur le côté mental n’est pas assez. Il est essentiel de travailler les deux en parallèle.

Avec l’accessibilité à l’information et les médias sociaux, on a l’impression que les troubles des comportements alimentaires apparaissent de plus en plus tôt chez les jeunes filles.

Je ne sais pas si ces troubles apparaissent vraiment plus tôt qu’il y a quelques décennies. Il n’est pas rare que mes clientes, dont l’âge se situe près de 40 et 50 ans, me rapportent qu’elles éprouvaient déjà des problèmes d’estime de soi liés à leur image corporelle en très bas âge. La différence est qu’on en parle plus aujourd’hui, alors que, dans ce temps-là, on ne les nommait tout simplement pas. On ne les considérait pas comme un trouble de santé mentale non plus.  La nuance est peut-être là.

Malheureusement, ce que je constate dans ma pratique, c’est qu’en tant que société, on ne va pas dans la bonne direction parce que la pression sociale envers la perte de poids est omniprésente et banalisée. On continue de véhiculer le message qu’il faut « faire attention » et que la perte de poids est une question de volonté. On envoie un message erroné tout en niant complètement l’aspect psychologique. On valorise les régimes qui, bien souvent, mènent à des troubles des comportements alimentaires.  C’est un cercle vicieux.

Qu’en est-il du taux de guérison pour les gens qui entreprennent des démarches pour en finir avec un trouble alimentaire?

Contrairement à plusieurs maladies mentales qui ne se guérissent pas, les troubles alimentaires, eux, se guérissent! Il est évident que cela demande beaucoup de courage. Il faut aussi se rappeler qu’un tel cheminement peut être inconfortable. Apprendre à vivre ses émotions pour une personne qui les refoule depuis des années, ce n’est pas l’état le plus confortable au monde.  Sinon, elle l’aurait déjà fait! Par contre, ce cheminement-là permet de reprendre le plein pouvoir sur sa vie et d’être en accord avec ses émotions et ses passions.

Et de retrouver le plaisir de manger!

Oui! Et le plaisir de prendre soin de soi également. Les études le confirment : les mangeurs intuitifs, c’est-à-dire ceux qui mangent lorsqu’ils ont faim, qui écoutent leurs signaux de satiété et qui mangent par plaisir, ont un poids plus stable et une alimentation plus saine que la population en général. Ce n’est pas tout, plus ils vieillissent et plus l’écart se creuse entre eux et les gens qui se privent. À preuve, 60 % des personnes qui font des régimes finissent par prendre plus de poids contrairement aux mangeurs intuitifs qui conservent leur poids naturel tout au long de leur vie.

Il y a tellement de bénéfices à devenir un mangeur intuitif! Des bénéfices sur le plan tant psychologique que physique. Malheureusement, c’est souvent l’urgence de la perte de poids que les gens vont privilégier dans l’immédiat. Ce qui est le plus étonnant, c’est que nous sommes tous des mangeurs intuitifs à la base et que nous perdons cette capacité au fil du temps. Pour plusieurs, c’est un réapprentissage à faire et, comme tout apprentissage, il faut du temps pour permettre au corps et au cerveau de s’adapter. Il n’y a pas de recette miracle!

Merci, Guylaine Guèvremont.

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Valérie Milette

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