Miroir, miroir… Qui est la plus belle?

Depuis la nuit des temps, les hommes, mais surtout les femmes, sont victimes du monstre qu’ils ont eux-mêmes créé et nourri : le « beau ». Tout, absolument tout, doit être beau!  Le corps, la coiffure, les vêtements, la voiture, la maison, la décoration, l’aménagement extérieur, les enfants… Aujourd’hui encore, et plus que jamais, nous continuons à nourrir ce monstre qui sait charmer et séduire, certes, mais s’amuse surtout à tyranniser la société et notre vie.

Sociologue français, spécialiste des relations sociales au travail ainsi que des déterminants physiques de la sélection sociale, Jean-François Amadieu a écrit de nombreux ouvrages sur la beauté et l’apparence physique ainsi que les effets pervers de celles-ci sur la société actuelle.  Son livre intitulé Le Poids des apparences en apporte la démonstration.  En 30 ans d’études américaines et européennes sur le sujet, il en tire une conclusion effarante : toute notre vie, dans tous les domaines, en amour comme au travail, notre apparence conditionnera nos relations aux autres.

Poussant son analyse, le sociologue démontre combien la beauté est un formidable outil de discrimination sociale que les élites imposent aux classes les plus basses. Dans le monde entier, que nous y croyons ou pas, nous n’en sommes pas moins, dès la naissance, soumis à la première des injustices : celle des apparences.

Au berceau

Bien lové dans son berceau, le nourrisson attire déjà les regards.  Même si nous avons honte de l’avouer, il nous est tous arrivé de qualifier, dans notre tête, la beauté d’un bébé.  Selon Amadieu, cela est irréfutable : un bébé beau attirera plus de sourires alors qu’un enfant moins séduisant créera une certaine gêne chez les adultes. De plus, si ce bébé démontre des caractéristiques disgracieuses, telles que des oreilles décollées, des taches de naissance ou une dissymétrie des traits, cela sera vécu comme un handicap par les parents et leur regard changera sur l’enfant.

Toujours selon l’auteur, les études ont prouvé que les activités seront différentes selon la beauté du bambin. Par exemple, parce qu’elle sait que son enfant risquera de devoir confronter la mesquinerie de ses camarades, une mère s’occupera plus de son enfant moins avantagé par la nature et focalisera beaucoup plus sur les apprentissages que le simple plaisir de jouer.  Elle lui apprendra à se défendre, à avoir la répartie facile et à demeurer positif en toute circonstance.  Elle agira comme un effet de compensation à la laideur.

À l’école

Déjà à la maternelle, les enfants beaux sont privilégiés. Ils attirent plus l’attention de leurs enseignants et ceux-ci sont enclins à leur accorder plus de « passe-droits » et à leur donner plus de responsabilités qui les mettent sur un piédestal par rapport aux enfants ordinaires.  La division des groupes, beaux ou laids, même subtile, aura inévitablement une incidence sur l’estime de soi et la perception du succès de l’adulte en devenir.

À l’école secondaire et au cégep, la tendance se maintiendra… Les étudiants beaux seront plus souvent acclamés dans leur groupe de théâtre, de radio étudiante ou de sport.  Ils attireront le regard du sexe opposé et deviendront populaires.  Pour les étudiants moins séduisants ou différents, ils seront plus nombreux à être victimes d’intimidation.

« Beaucoup plus que l’enfant beau, l’enfant laid est jugé responsable de ses échecs scolaires autant que de ses fautes. La beauté est un statut qui vaut diplôme : elle enrichit, comme la laideur altère, nos compétences », remarque Jean-François Amadieu.

Au travail

Une fois sur le marché du travail, l’adulte devra faire face aux mêmes exigences établies par ses pairs. « Une apparence avenante est cruciale au moment de l’embauche, mais également pour une bonne intégration au sein de l’entreprise. Elle permet une meilleure évaluation des performances et favorise un bon déroulement de carrière », affirme Jean-François Amadieu.

En effet, selon un article de L’Actualité diffusé le 5 février 2010, la recherche contemporaine nous apprend que le salaire d’un homme de 1,83 m dépasse en moyenne de 6 % celui d’un autre homme qui a autant de talent, d’éducation et d’expérience.  Même si elle est en aussi bonne santé et tout aussi productive au travail, une femme pesant 100 kg gagne 9 % de moins qu’une autre de même taille qui en pèse 70. Peu importe le sexe, les personnes jugées séduisantes bénéficieraient d’un salaire de 7,5 % plus élevé que la moyenne des salariés.

« Les beaux sont jugés plus intelligents, plus ambitieux, plus chaleureux, plus sociables, plus équilibrés et moins agressifs », assure encore le sociologue. « La beauté permet non seulement d’échapper au chômage, mais en plus, elle se transforme en prime salariale », ajoute-t-il.

Bien que nous soyons tous dérangés, voire indignés, par ses différentes statistiques, il n’en demeure pas moins que nous continuons à les encourager.  Nous souhaitons tous l’équité en matière salariale, nous sommes tous touchés devant un enfant qui vit de l’intimidation à l’école et nous avons tous consolé une amie  qui n’aimait pas son apparence…  Toutefois, chaque jour, nous continuons à faire subir à notre corps les pires sévices pour atteindre les critères de beauté déterminés, la plupart du temps exagérés, par la société.

« C’est en disant la vérité sur cette discrimination qu’on peut élaborer des stratégies visant à limiter, sinon contrer, l’emprise des apparences. Bien connue et bien utilisée par tous, elle peut aussi permettre de bousculer l’ordre imposé », complète Amadieu.

Comme en matière d’écologie, c’est le payeur qui décide!  Il ne tient qu’à nous de ne plus acheter de magazines qui nous présentent des images de femmes trop maigres, de ne plus acheter de pots de crème hors de prix, de ne plus liquider toutes nos économies dans des programmes de perte de poids qui font croire à des miracles.  Si nous cessons immédiatement tous les achats impulsifs et les comportements qui encouragent le dénigrement, l’industrie, qui ne veut surtout pas voir ses revenus baisser, n’aura d’autre choix que de changer ses méthodes.

Sur le ventre de sa mère, le nourrisson n’en sait rien, mais il est déjà le plus beau des miracles.  Devenu grand, il aura tendance à l’oublier, mais, malgré ses écueils, il lui importera de se rappeler que la Vie lui a tout donné : l’intelligence, la débrouillardise, la curiosité, la sensibilité, le courage, la détermination, la force…

La Vie a tout prévu.  Elle sait que ce petit être bravera de nombreuses intempéries et c’est pourquoi elle lui a donné tout ce dont il a besoin pour être capable de les traverser avec courage et résilience.  En fait, elle lui a déjà préparé le chemin…

Jamais nous ne devrions douter de notre capacité à mener une vie de bonheur.  Dans le doute, efforçons-nous, par différents moyens pragmatiques, de reconnaître, d’accepter et d’utiliser à bon escient toutes les ressources déjà accessibles à l’intérieur de nous.

Tout est là.  Absolument tout.

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Chantal Tessier

Auteure et conférencière

www.chantaltessier.ca

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