Faire la paix avec son corps

Guylaine Ménard a passé la majeure partie de sa vie d’adulte à vivre avec un trouble des comportements alimentaires. Comme plusieurs personnes aux prises avec le même problème, il lui aura fallu de nombreuses années avant de prendre conscience que son comportement malsain avec la nourriture cachait une blessure d’estime de soi.

Guylaine, grâce à votre détermination et avec le soutien de la clinique MuUla, vous estimez avoir guéri de votre trouble des comportements alimentaires. Quel a été votre cheminement?

En fait, je souffrais d’un trouble alimentaire et je l’ignorais jusqu’à ce que j’entreprenne des démarches avec la clinique MuUla. J’ai toujours cru, par exemple, qu’un trouble des comportements alimentaires s’appliquait à une personne qui se fait vomir ou qui cesse de s’alimenter complètement, alors que c’est beaucoup plus complexe que cela! Dans ma démarche thérapeutique, j’ai compris que je souffrais d’un trouble des comportements alimentaires non spécifique avec des caractéristiques propres à l’hyperphagie boulimique. L’acceptation de mon trouble m’a permis de me déculpabiliser. Également, j’ai pris conscience que j’ai été au régime pendant 35 ans!

Avant, toute ma vie tournait autour de mon poids! Dès mon réveil, je me demandais ce que j’allais manger dans la journée afin de perdre du poids et il m’arrivait de me peser de deux à trois fois par jour. J’avais énormément de difficulté à me regarder dans le miroir, car je n’avais pas le corps que je désirais.  Le soir, au coucher, je passais en revue tout ce que j’avais mangé pendant la journée pour m’assurer que je n’avais pas trop ingurgité d’aliments.  C’était la dernière chose à laquelle je pensais avant de m’endormir. Je vivais constamment avec un sentiment de culpabilité et ce, même si j’avais parfaitement suivi mon plan alimentaire. Au bout du compte, je finissais toujours par me convaincre que j’aurais pu couper un peu plus. J’entretenais un jugement négatif à mon égard; je n’étais jamais assez bonne, jamais assez capable et je n’avais pas assez de volonté.

En 2010, j’ai pris connaissance de l’alimentation intuitive et cela m’a beaucoup parlé.  Deux ans plus tard, une amie m’a recommandé le livre Mangez!, écrit par Guylaine Guèvremont et Marie-Claude Lortie, puis c’est en 2015 que j’ai suivi le programme en ligne de MuUla. J’avais déjà essayé d’appliquer les principes de l’alimentation intuitive en m’aidant du livre, mais ce n’était pas suffisant pour moi; j’avais besoin de soutien. C’est en suivant le programme que j’ai réalisé que je souffrais d’un trouble alimentaire.

Comment s’exprimait votre trouble des comportements alimentaires?

Au départ, je croyais qu’une personne hyperphagique boulimique était nécessairement une personne très obèse, ce qui est faux! Ce n’était pas mon cas. Moi, je faisais surtout de l’embonpoint et un début d’obésité. Je n’avais pas de crises incontrôlables et je ne mangeais pas de quantités énormes de nourriture en un court laps de temps. Mon trouble s’exprimait plutôt par une envie constante de grignoter. Ça commençait le soir, après le souper.  Une fois assise pour lire un livre ou regarder la télévision, j’avais soudainement très faim. Alors, je grignotais, de petites quantités à la fois, et j’alternais entre le sucré et le salé. Ça pouvait être une poignée de raisins secs suivie de quelques biscuits sodas, par exemple. À la fin de la soirée, je me retrouvais à avoir mangé l’équivalent d’un repas supplémentaire.

Est-ce que le trouble du comportement alimentaire s’est manifesté très tôt dans votre vie?

À l’adolescence, mon niveau d’estime de soi n’était pas très élevé. Je ne cadrais pas avec les standards de beauté de l’époque. À ce moment, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, on valorisait beaucoup le modèle féminin filiforme. Les femmes avec peu de hanches et de seins avaient la cote, ce qui n’était pas mon cas.

Un jour, à l’école, il y a eu une pesée dans un cours… d’astronomie! C’était la fin de l’année scolaire et l’enseignant, qui avait fait le tour de sa matière, est arrivé en classe avec le Guide alimentaire canadien, des chartes de poids et de taille ainsi qu’un pèse-personne. À l’époque, j’avais 15 ans et ce fut comme une véritable claque au visage! Nous n’étions que quatre filles dans un groupe majoritairement composé de garçons. J’étais la seule fille qui était au-dessus de son poids idéal… avec cinq livres de plus.  L’enseignant aurait pu me dire que j’avais cinquante livres en trop et l’effet aurait été le même : je n’étais pas adéquate. Cet événement a été le véritable point de départ, l’élément déclencheur. Au fil des années, les troubles des comportements alimentaires se sont installés.

Désormais, vous avez intégré l’alimentation intuitive dans vos habitudes alimentaires…

Oui.  Après des années à essayer tous les régimes disponibles sur le marché, Guylaine Guèvremont, la fondatrice de la clinique MuUla, est arrivée dans ma vie avec l’alimentation intuitive et ses programmes en ligne. Depuis, je n’ai plus de compulsions alimentaires, c’est-à-dire l’envie très forte, voire incontrôlable, pour un aliment précis. Ma relation avec les aliments est redevenue ce qu’elle doit être, tout simplement.

Avec toutes ces années de régimes et d’abus, j’étais déconnectée de mon corps et je ne ressentais plus les signaux de faim et de satiété. Au début, j’étais incapable de décrire ma faim lorsqu’on me le demandait. Pour moi, il n’existait pas de petite, de moyenne ou de grosse faim.  J’avais faim et j’étais toujours affamée! Au fil du temps, en faisant les exercices proposés par la clinique, j’ai commencé à me réapproprier les signaux de mon corps. Ce que je considérais comme de la faim était, en fait, une réaction du système nerveux.  J’avais constamment une boule dans l’estomac, car je réfrénais mes émotions. Cette réaction, la fameuse boule dans l’estomac, peut être perçue, à tort, comme de la faim.

En plus de l’alimentation intuitive, vous avez aussi entrepris une démarche psychologique…

Oui.  En fait, j’ai d’abord dû apprendre à reconnaître mes émotions. Dès mon jeune âge, je portais des émotions dont j’ignorais l’existence et j’ai réalisé que je vivais beaucoup d’angoisse. J’avais également beaucoup de colère refoulée, car je ne me donnais pas le droit d’être en colère. Pour moi, la colère était bannie puisqu’elle représentait une perte totale de contrôle. J’ai donc réappris à accepter mes émotions et à les vivre. C’est à ce moment-là que j’ai compris que l’émotion apparaît, elle s’exprime et puis c’est tout. C’est passager!

Cette démarche m’a permis d’augmenter ma confiance en moi et d’accepter mon corps. J’ai réussi à me libérer du rapport malsain que j’entretenais avec la nourriture. De plus, mon poids est stable depuis les deux dernières années, ce qui n’aurait pas été possible avant. Mon corps s’adapte à ma nouvelle réalité et j’apprends à l’accepter. Il n’est plus mon ennemi, il est mon allié. C’est certain qu’il y a des matins où je me sens moins bien et que j’accepterais volontiers d’avoir vingt ou trente livres en moins! (rire) Heureusement, c’est plutôt rare!  La majorité du temps, je m’accepte comme je suis avec mes défauts, j’accepte de me tromper et je respecte mon corps.

Est-ce plus facile lorsqu’on lâche prise?

Oui. Il faut faire confiance à son corps. Jamais on ne se préoccupe de notre respiration, du travail de notre cœur, de notre foie ou de nos reins! Le corps est programmé pour ça. Il sait ce qu’il a à faire.  C’est la même chose avec la nourriture!  Il faut écouter son corps, lui donner ce dont il a besoin et lui faire confiance. Le poids est relatif.  Chaque personne a un poids naturel.  C’est génétique.  On ne peut rien y faire.

Il est possible de lâcher prise et d’arrêter de vouloir tout contrôler. J’en suis la preuve vivante!  Lorsque notre vie tourne autour de la nourriture, que le poids indiqué sur la balance influence le reste de notre journée, qu’une simple sortie au restaurant nous angoisse, il y a un problème. Il suffit juste d’aller chercher l’aide nécessaire pour en guérir.

Merci, Guylaine Ménard.

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Valérie Milette

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