Elimu : pour l’amour des enfants du Kenya

Mme Nina Chung est Canadienne. C’est une femme dynamique, multiculturelle et polyglotte spécialisée en marketing. C’est aussi une femme de conviction et de foi. Depuis plus de dix ans maintenant, après un hasard de parcours et un appel quasi vocationnel, sa vie se passe essentiellement à la tête de Elimu, au Kenya, sur la côte de l’océan Indien, à Malindi, à quelque 120 km au nord de Mombasa.

J’aurais pu vous écrire cet article en format « questions-réponses », mais je préfère laisser toute la place à Nina afin qu’elle puisse vous raconter elle-même son histoire.

Au début des années 2000, j’ai laissé derrière moi le succès d’un rôle-conseil en marketing au Canada pour participer à un programme de bénévolat de deux ans au Kenya. À la Polytechnique, où je devais aider à la prévention du décrochage et à la rétention scolaire, il m’est rapidement devenu évident que le réel défi appartenait aux parents qui avaient peu de moyens pour envoyer et garder leurs enfants à l’école jusqu’à l’obtention de leur diplôme.

Puis, il y a eu quelques crises causées, entre autres, par la corruption. Alors que je m’occupais de 30 enfants en fin de parcours scolaire, on nous a annoncé la possible fermeture de la Polytechnique. Cette fermeture allait affecter les familles élargies de ces enfants qui se seraient retrouvées face à l’éviction, sans domicile. Comme je me sentais responsable d’eux, j’ai fait appel à des amis.  La réponse a été immédiate et plusieurs ont contribué au financement initial de Nyumbani Kwetu, le premier projet d’Elimu.

Vers 2009, j’ai réalisé à quel point ça évoluait rapidement et qu’Elimu avait de grands besoins en structures et en financement; le projet devait devenir officiel pour qu’il puisse grandir et qu’on assure sa pérennité. C’est à ce moment que j’ai décidé de faire confiance au processus et aux autres, de lâcher prise et de demander de l’aide pour le bien du projet.

Elimu, entreprise sociale en croissance, fait de plus en plus sa marque et, entre 2004 et 2017, nous avons développé cinq projets :

  • Nyumbani Kwetu compte 15 enfants dont 3 sont diplômés et sont présentement au collège;
  • Heri Sewing Project, une école de couture, compte 10 étudiantes en formation et 40 diplômées autonomes en microaffaires;
  • Stay in School, qui fait de la rétention scolaire, compte 30 enfants commandités et 10 ayant complété leur secondaire;
  • L’école primaire Upendo, qu’on a construite, vient d’ajouter une classe et répond à plus de 160 enfants des quatre premiers niveaux scolaires;
  • Digital Education Resource Center reçoit en moyenne 800 visites par mois.

Le budget initial était de 20 000 $ par année. Aujourd’hui, Elimu, c’est 150 000 $ par année. Au Canada, ce montant représente peu, mais au Kenya, c’est beaucoup d’argent!  Je suis toujours étonnée de voir à quel point les gens sont inspirés à participer, à contribuer, à aider et même à donner de leur temps pour s’engager avec nous. C’est comme si une main les guidait vers nous.

Honnêtement, je n’ai jamais songé qu’Elimu deviendrait ce qu’elle est aujourd’hui. Comme une vocation qui interpelle, un fort sentiment d’aider et de bien faire m’animait.  J’avais une profonde croyance, une profonde foi qui me guidait. J’ai su, à ce moment, que je devais m’y engager pleinement.

On dit souvent que nul n’est prophète en son pays. Au début, j’étais une simple touriste au Kenya, un peu sous le radar. Je voulais aider, certes, mais je ne pensais pas pouvoir influencer. Pour les Kenyans, j’étais vue comme celle qui apporte quelque chose de nouveau en matière d’éducation, une valeur importante pour eux. Cela m’a donc apporté leur respect et m’a facilité la tâche.

Elimu étant plus en vue, le ministère de l’Éducation nous invite maintenant à des activités et s’ouvre au partenariat et Worldreader nous demande de témoigner lors de ses colloques.  On nous perçoit comme un instigateur de lecture et de culture à Malindi.  Elimu a maintenant une base, un nom et un visage.

L’équipe est désormais constituée de dix personnes. Rendre Elimu au Kenya est le rêve ultime, mais pour cela, l’autonomie doit se développer de l’intérieur. Nous en sommes à prévoir la succession. Par contre, ce que nous n’avions pas anticipé était le retour des jeunes diplômés qui désirent agir comme modèles pour les plus jeunes en venant partager leurs expériences tout en contribuant au développement bénévolement. Le programme Alumni Association est donc notre sixième projet en devenir.

Dans le futur, Elimu sera pleinement propriétaire avec ses projets centrés sous son toit et disposera d’espaces suffisants pour accommoder les projets émergents, comme un centre de « e-learning », un atelier de couture, un café des anciens, un centre pour le « startup » et de l’entrepreneuriat afin de promouvoir la micro-entreprise. Tout ceci dans la perspective maintenue de donner la place aux jeunes et aux futurs leaders et entrepreneurs du Kenya.

Être en affaires ici, au Kenya, comme ailleurs, pose de nombreux défis. Je crois sincèrement que nous avons beaucoup à apporter, de par notre nature propre, aux interactions humaines qui vont au-delà des processus et des autres préoccupations d’affaires; on ajoute une touche d’humanité. Et c’est cette humanité qui, souvent, vaut son pesant d’or.

On n’a qu’à écouter notre intuition, notre inspiration et à faire confiance à ce qui va en découler. On n’a qu’à être pleinement qui nous sommes, tels que nous sommes, et à avoir confiance en nous-mêmes, à avoir la foi.

Et, pour finir, ça prend… de l’humour!  Il faut avoir du plaisir.  C’est vraiment crucial d’y mettre de la joie!

Merci, Nina Chung.

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Guy J. Giguère

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