Quand de vilains petits canards deviennent des cygnes…

En 1942, quand ses parents sont déportés, le petit Boris, alors âgé de cinq ans, est recueilli et caché par une institutrice bordelaise. Un an et demi après, il est enlevé à son tour. Il parvient à s’évader, seul, au moment du transfert pour Drancy et Auschwitz.  Ayant lui-même été traumatisé par la disparition de ses parents, le réputé psychanalyste français, Boris Cyrulnik, s’est longuement penché sur le phénomène de la résilience.  Aujourd’hui, il partage ses découvertes dans de nombreux ouvrages, notamment dans le livre intitulé Les vilains petits canards.

Ces vilains petits canards que nous décrit Cyrulnik, ce sont tous ces éclopés de la vie contraints d’œuvrer sans cesse à leur métamorphose. Souvent géniaux, toujours fragiles, certains réussiront à devenir de magnifiques cygnes. C’est ce que nous montrent ces récits touchants de résurrection qui nous apprennent à raisonner en termes de devenir.

La définition de la résilience

Selon Boris Cyrulnik, la résilience est un concept qui vient de la physique. Il se réfère à la capacité d‘un matériau, qui a subi un choc, à reprendre sa forme originale. Inspiré de cette image, il affirme qu’il est possible pour tout être humain de croire en une autre vie malgré tout ce qui a pu lui arriver auparavant. Même s’il y a eu blessure, il revient finalement à la capacité d’une personne, ou d’un système social, de bien se développer.

Dans des termes plus artistiques, l’auteur s’exprime : « La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents. Un trauma a bousculé le blessé dans une direction où il aurait aimé ne pas aller. Mais puisqu’il est tombé dans un flot qui le roule et l’emporte vers une cascade de meurtrissures, le résilient doit faire appel aux ressources internes imprégnées dans sa mémoire, il doit se bagarrer pour ne pas se laisser entraîner par la pente naturelle des traumatismes qui le font bourlinguer de coup en coup jusqu’au moment où une main tendue lui offrira une ressource externe, une relation affective, une institution sociale ou culturelle qui lui permettra de s’en sortir. »

La mise en place

Toutefois, il importe de ne pas se méprendre…  Le principe de la résilience n’est pas basé sur le simple fait que tout redevient comme avant après un traumatisme.  De toute façon, c’est impossible!  Les enfants qui ont connu la violence, l’abandon, l’orphelinat, la misère ou encore la guerre sont blessés et demeureront des adultes blessés tout au long de leur vie.  Mais ce qui est certain, c’est qu’ils ont la capacité de rebondir grâce à leurs ressources internes et externes.

Ressources internes

Ce sont les traits de personnalité de l’enfant qui sont développés dans les premiers mois de son existence et qui resteront gravés en lui toute sa vie.  Qu’il soit optimiste, positif, extraverti et curieux, toutes ses qualités lui seront utiles dans les moments difficiles.

Ressources externes

Il s’agit de toutes les mains tendues : un éducateur, un médecin, un parent, un ami, un voisin… Il importera à l’enfant de savoir reconnaître ces ressources et d’y avoir recours lorsque cela sera nécessaire.  Ces personnes-là seront essentielles, car elles sauront prouver à l’enfant meurtri que quelqu’un reconnaît enfin qu’il vaut quelque chose.

Sans contredit, chaque personne chemine le long de sa propre voie qui est unique. Plus tard, à l’âge adulte, l’attitude de l’ex-enfant face aux épreuves de son existence dépendra d’une foule d’éléments.  En fait, il y a des événements qui affecteront certaines personnes alors qu’ils seront vécus avec indifférence par d’autres. À bien y penser, tout peut être blessure!  Mais la capacité de l’enfant à considérer le traumatisme comme un défi, et non comme une malédiction, déterminera grandement son habileté à accueillir et à entretenir le bonheur dans sa vie.

La résilience n’est pas un vaccin

En fin de compte, la résilience n’est pas un vaccin contre la souffrance, mais elle est un processus, un chemin à effectuer qui peut mener à une certaine paix intérieure.  Et ce processus peut aussi comporter son lot de mouvements et de remises en question!  À l’inverse, une trop bonne adaptation face à un traumatisme n’est pas nécessairement une preuve de résilience.  Sur la route de la découverte, tentons simplement d’être à l’écoute des signaux internes et de maintenant l’équilibre…  C’est déjà beaucoup.

Comme l’écrit si bien Boris Cyrulnik : « La résilience est un processus, un devenir de l’enfant qui, d’acte en acte et de mot en mot, inscrit son développement dans un milieu et écrit son histoire dans une culture. (…) C’est pourquoi tous ceux qui ont eu à surmonter une grande épreuve décrivent les mêmes facteurs de résilience. En tête, vient la rencontre d’une personne significative. Parfois une seule a suffi : une institutrice qui, avec une phrase, a redonné l’espoir à un enfant, un moniteur de sport qui lui a fait comprendre que les relations humaines pouvaient être faciles, un prêtre qui a transfiguré la souffrance en transcendance, un jardinier, un comédien, un écrivain, un quidam qui ont donné corps à la simple signification : il est possible de s’en sortir. »

Malgré les blessures qui ont autrefois lacéré le cœur de l’ex-enfant, il importe de toujours conserver l’espoir qu’il lui est possible de devenir un être totalement construit et solide capable d’entretenir des relations saines et de vivre une vie heureuse et épanouie.

Cyrulnik, le pilier de la résilience, le répète sans cesse… Il n’y a pas de fatalité au malheur.

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Chantal Tessier

Auteure et conférencière

www.chantaltessier.ca

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