Cynthia Sardou : vivre après une agression

« C’était dans la nuit de Noël 1999, à 2 h 30 du matin. Je rentrais du travail. J’avais 26 ans et la vie devant moi. Cette lame a tranché nette mon insouciance, me jetant dans un monde inconnu. » peut-on lire dans le livre autobiographique Une vie à reconstruire publié en 2015 et signé Cynthia Sardou.

Il y a plus de quinze ans, en France, la journaliste et auteure Cynthia Sardou se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment, et cette malchance allait lui ouvrir les portes de l’enfer. Elle fut enlevée et séquestrée pendant plusieurs heures par trois individus avant d’être relâchée au petit matin, dépossédée d’elle-même et en état de choc. On n’ose à peine nommer l’imaginable horreur à laquelle elle a été confrontée et qui l’a hantée pendant de nombreuses années.

Malgré tout, Cynthia s’est élevée au-dessus de la haine et s’est réconciliée avec la vie. « J’ai été une victime, mais je ne me considère plus comme une victime aujourd’hui. Je n’ai pas envie de garder cette étiquette, sinon on n’en sort plus! » raconte celle qui, depuis, a choisi de refaire sa vie au Québec.

Qu’est-ce que représente la résilience pour vous?

La résilience a beaucoup de significations pour moi, puisqu’elle a une connotation très positive et optimiste. Dans le cas d’une agression, cela représente la réconciliation avec le trauma, avec le drame. Il y a également une part de pardon dans la résilience. De toute façon, on ne peut pas faire grand-chose à part accepter cette malchance qui nous est arrivée et vivre avec. Il faut alors se relever et rebondir sinon on tombe dans un état de léthargie.

Il faut préciser que la résilience est un choix.  Il y a des victimes qui ne veulent pas l’appliquer dans leur vie et c’est leur droit. Pour ma part, j’ai beaucoup étudié la résilience, je donne des conférences sur le sujet et, dans mon livre, je raconte ce que j’ai fait pour m’en sortir.

Justement, dans votre livre Une vie à reconstruire, vous détaillez toutes les étapes que vous avez franchies dans votre long parcours vers la réconciliation…

Après l’agression, j’ai été prise en charge rapidement et mes parents m’ont aidée tout de suite. On peut dire que c’est une autre vie qui a commencé… Lorsque vous vivez un choc pareil, au début vous ne réalisez pas ce qui se passe, il y a du déni. Ensuite, avec la réalité qui fait surface, on commence à se faire des scénarios dans sa tête et on se dit, par exemple, que si on avait fait les choses différemment, on aurait pu éviter la catastrophe. Toutefois, ça ne sert à rien de faire ça.  Le drame est passé et on n’y peut rien. Il faut prendre les choses en main.

Tout d’abord, j’ai consulté des professionnels tels qu’un psychologue, un psychiatre et un médecin, puis j’ai pris des antidépresseurs. J’ai fait du sport pour exorciser ma colère.  Ensuite, j’ai porté plainte et j’ai suivi toute la procédure judiciaire et médicale. Il faut dire que, pendant les deux premières années, il y avait le procès qui me demandait beaucoup d’énergie…

Également, j’ai lu plusieurs livres sur le crime, car je voulais comprendre ce qui se passe dans la tête des criminels. Je n’ai jamais trouvé la vraie raison au-delà du fait qu’ils ont très souvent eu des vies chaotiques avec une enfance difficile ou malheureuse.

J’ai aussi écrit pour me libérer. À un certain moment, les membres de ma famille m’ont dit que je portais toujours de la colère en moi. Leur message a fait son chemin et j’ai écrit le livre Appelez-moi Lilou pour en finir avec cette aigreur qui, par la suite, a fini par disparaître.

C’est un long processus…  J’ai vécu une période de choc post-traumatique qui est arrivée beaucoup plus tard et de manière inexpliquée. Je suis retournée à l’hôpital pour cela il y a plus de sept ans.

D’après vous, est-ce que toutes les personnes peuvent avoir cette capacité à rebondir? Faut-il certaines prédispositions à la résilience?

Je crois que tout le monde peut le faire, car je ne suis pas quelqu’un d’exceptionnel. Je suis juste une personne qui a réussi à rebondir grâce à son entourage.  Je fais d’ailleurs un hommage à mes parents dans ce livre, car, sans eux, je n’y serais pas arrivée. Le soutien de la famille et des proches joue un rôle capital dans la résilience.

Par contre, l’équilibre viendra de celui qui veut s’en sortir. Si vous tendez la main à quelqu’un qui n’accepte pas de la prendre, il n’y a rien à faire.

Comment les proches d’une victime vivent-ils cette épreuve?

C’est très difficile pour les proches; ce sont des victimes collatérales qui vivent leur propre drame. Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas dire à mes parents tout ce que je pouvais dire à un médecin. C’est important de consulter un médecin, car il a une utilité et un rôle que la famille ne peut pas tenir.  Il y a une gêne en lien avec un abus intime et c’est très délicat d’en parler à ses parents. Il y a des choses qu’on ne peut tout simplement pas leur dire.

Cela dit, les proches ont un rôle capital dans la guérison de la victime. Il est important de communiquer et de donner de l’amour. Par exemple, serrer dans ses bras la personne qui a vécu un traumatisme compte beaucoup dans la guérison. Il est important pour une victime de sévices de se faire dire qu’elle est belle et qu’elle est aimée. Une personne qui a vécu un tel traumatisme n’a pas besoin de beaucoup de la part de ses proches, seulement de se sentir en confiance, rassurée et aimée. Le reste viendra de l’aide extérieure.

Mon père m’a dit « Je t’aime » le matin suivant l’agression et ça m’a fait chaud au cœur. On dit toujours que mon père, le chanteur Michel Sardou, est froid et qu’il fait la gueule, mais ce n’est pas vrai, il n’est pas comme ça. Il est encore présent pour moi.

Vous habitez au Québec avec votre mari depuis quelques années maintenant, est-ce que ce changement de continent vous a aidée à mettre une distance entre vous et votre passé?

Oui, ça m’a aidée de changer de ville et de continent. Pendant longtemps, j’ai eu peur que mes agresseurs reviennent me chercher. Évidemment, il y a eu un procès et ils ont purgé leur peine, mais ils sont ressortis de prison depuis et cette méfiance reste ancrée en moi. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus et je ne veux pas le savoir. Je suis passée à autre chose.

Le pardon occupe une place capitale pour vous…

Oui, parce que, lorsqu’il y a de la haine au fond de nous, il n’est pas possible d’être en paix avec nous-même, ni avec les autres. Il ne faut pas attiser la flamme de notre passé. Pardonner permet d’éteindre cette flamme et d’aller de l’avant.

Avec mes années de thérapie, j’ai constaté que le pardon dans le concept de la résilience varie d’un thérapeute à l’autre, jusqu’à être contradictoire parfois. Il y a de nombreux psychologues qui m’ont dit de ne pas pardonner à mes agresseurs, mais de pardonner à moi-même. Je n’ai rien à me pardonner, je n’ai rien fait de mal, j’ai vécu un accident.

J’ai décidé de lâcher prise. Dans mon cœur, je préfère pardonner.  Je préfère me dire que mes agresseurs ont purgé leur peine et qu’ils ont donc le droit de réintégrer la société. Je préfère cela à la rancœur et au négatif. La justice est importante, car elle aide à la reconstruction. Ça m’a réconciliée avec moi-même.

Vous avez enfin trouvé votre équilibre…

Tout au début, juste après l’agression, on m’a dit que je ne m’en sortirais pas. Des médecins m’ont « condamnée » en me disant que je n’y arriverais jamais, que c’était foutu, que c’était mort pour moi. On a cru que c’était terminé, parce que j’avais vécu une affaire grave : kidnapping, séquestration, menaces, abus et violence. Je n’ai pas voulu croire ces médecins et j’ai gardé espoir.

Oui, je m’en suis sortie et tout est équilibré maintenant. Il ne faut jamais désespérer, il faut toujours y croire malgré ce que les gens peuvent dire ou penser. Je vis avec mon drame, avec ce que j’ai vécu et je prends la vie du bon côté au jour le jour. Le bonheur, c’est la route qu’on va emprunter, c’est le chemin parcouru.

Aujourd’hui, j’ai totalement changé de vie!  Je termine un roman que je finalise pour très bientôt et je viens d’ouvrir une agence de communication. Je continue aussi à faire de la radio de temps en temps. J’ai une vie, à la fois active avec mes conférences prévues pour 2017 et 2018, et créative dans mes écrits.

Merci, Cynthia Sardou.

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Valérie Milette

Journaliste

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