Colette Roy Laroche : la figure de la résilience

L’ancienne mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy Laroche, est à la retraite depuis un an. Femme d’action, elle nous a confié qu’elle n’avait pas beaucoup réfléchi à la résilience  avant la tragédie de Lac-Mégantic. Cela ne l’a pas empêchée de la cultiver et d’en faire preuve tout au long de sa vie! Elle nous raconte comment elle a su faire face à un drame d’une telle ampleur.

Mme Roy Laroche, quelle est votre définition de la résilience?

Pour moi, la résilience, c’est notre capacité de naviguer dans la tempête, dans les torrents… Notre capacité à nous relever dans les épreuves.

D’où vous vient la vôtre?

D’abord, j’ai reçu une très bonne éducation. Elle m’a permis, sans que je ne m’en rende compte, de développer bien des capacités telles que ma résilience, ma confiance en moi et mon leadership. Mes parents, grâce à leur affection, à leur exemple de rigueur et aux responsabilités qu’ils m’ont confiées, sont en grande partie responsables de la personne que je suis devenue.

Également, je crois que cela me vient d’une épreuve personnelle que j’ai vécue dans la jeune vingtaine.  C’était en janvier 1967. Six mois après mon mariage, mon mari a reçu un diagnostic de cancer incurable. Ce cancer ne se traitait pas dans notre région et il a dû être hospitalisé à l’Hôpital Notre-Dame à Montréal pour y subir des traitements. J’étais enceinte et j’enseignais à Lac-Mégantic. Le temps passait et je souhaitais que mon mari soit présent à l’accouchement. J’ai fait face à la situation avec lucidité et avec espoir. Mon rêve a été réalisé puisque, pendant un petit moment de répit, il a pu assister à l’accouchement. Deux semaines plus tard, son état se dégradait et il a dû retourner à l’hôpital à Montréal.

Pendant un an et demi, chaque fin de semaine, j’ai dû enseigner, prendre soin de ma petite fille et faire l’aller-retour entre Lac-Mégantic et Montréal. Pour pouvoir passer au travers, je me donnais des petits objectifs, des petits points d’espoir.

À un moment donné, le travailleur social a insisté pour que mon mari revienne à la maison, en convalescence. À ce moment-là, je me suis sentie démunie. J’enseignais toujours et, à l’époque, il n’y avait pas de garderies.  À certains moments, j’ai eu l’envie de tout lâcher, mais nous avons finalement trouvé une solution.  Deux ans après notre mariage, il est décédé. J’étais veuve à 25 ans.

Je me suis alors posé la question : « Qu’est-ce que je fais de ma vie maintenant? » J’ai voulu devenir une femme de carrière! J’ai alors suivi des cours, tout en enseignant, à l’Université de Sherbrooke où j’ai obtenu un diplôme. Je me suis remariée, nous avons eu deux beaux garçons ainsi qu’une vie familiale tout en bonheur et en douceur.

La vie, ce n’est pas que des épreuves! Pour être capable d’y faire face, il faut avoir confiance en la vie. Mes parents m’ont appris que les blessures et les épreuves nous permettent de grandir, de devenir plus forts.  C’est nous qui décidons du type de vie que nous voulons avoir!

J’ai eu recours aux mêmes stratégies de confiance et d’espoir lorsque la tragédie de Lac-Mégantic est survenue. J’avais déjà appris à accepter l’aide des autres, à faire confiance et à croire en la solidarité des gens.  Le sens de l’humour, la compassion, les attitudes bienveillantes face aux autres, la ténacité, le courage, tous ces aspects de ma personnalité m’ont grandement servie  lors de la tragédie. Auparavant, je n’étais pas consciente du leadership positif dont je pouvais faire preuve. Je pense que cette tragédie m’a permis de découvrir qui je suis  vraiment. Mon parcours de vie a été comme une forme  d’entraînement pour cet événement ultime.

Ce que je retiens de tout ça, c’est qu’il faut toujours se rappeler que nous ne sommes jamais seuls pour affronter de grandes épreuves et que nous avons en nous des forces insoupçonnées.

Quel genre d’enfance avez-vous connue?

Je suis l’aînée d’une famille de six enfants et mon père était fermier. À cinq ou six ans, je conduisais déjà le tracteur! Dans les yeux de mon père, je n’ai jamais senti de craintes en lien avec ma capacité de faire les travaux qu’il me confiait. Il était très exigeant et voulait de la qualité, mais il continuait de me faire exécuter les travaux même quand ce n’était pas parfait. Aujourd’hui, je réalise que, chez nous, nous n’avons jamais entendu des phrases telles que « T’es pas capable! ». L’affection se ressentait.

Ma résilience ne s’est pas développée le matin même de la tragédie. Le calme, le courage et l’écoute, ce sont des habiletés que l’on travaille toute sa vie! Le 6 juillet 2013, ce sont dans ces réserves-là que j’ai puisé toute mon énergie pour gérer le stress, l’adversité et l’inconnu.

Vous n’étiez pas au bout de vos peines! 

Effectivement.  Un an après la tragédie, lorsque la maladie s’est déclarée chez mon second mari, j’ai été quelque peu assommée. Le cancer évoluait rapidement et la guérison était quasi impossible. Pendant quelques semaines, j’ai été abattue. Là encore, je devais remplir mes tâches de mairesse, j’avais mon mari très malade et je devais me tenir près de mes enfants qui étaient très ébranlés.

Dans le tourbillon, j’ai voulu laisser la mairie, mais mon mari ne voulait pas parce que, si je le faisais, cela signifiait pour lui que j’abandonnais tout espoir de le voir guérir. J’ai donc décidé de continuer, mais cela était très exigeant.  Je me suis dit que j’allais trouver la force de passer au travers de cette autre épreuve et qu’avec les enfants, les amis et mon équipe municipale, je n’étais pas seule.

En février 2015, lorsqu’il est décédé, j’ai continué mon mandat à la mairie qui se terminait en novembre.  J’ai alors décidé de quitter mon poste. Il s’agissait d’un choix réfléchi, la meilleure décision pour moi. J’avais quand même le sentiment d’avoir donné beaucoup…

Rester à la mairie m’aurait, certes, permis de participer aux résultats de la reconstruction, mais ce qui importait avant tout, comme à 25 ans, c’est que je me suis alors demandé : « Qu’est-ce que je vais faire de ma vie maintenant? » Je n’ai peut-être pas toute la vie devant moi, mais j’en ai encore une et je dois la vivre pleinement!

Pour notre retraite,  mon mari et moi  avions des rêves de voyages et des projets de rénovations. J’ai donc décidé de penser à moi, à mes enfants et à mes petits-enfants et de réaliser, seule maintenant,  ces projets de couple. Toujours en me donnant de petits objectifs réalistes… Faire de petits pas pour mieux réussir!

Et comment allez-vous maintenant?

C’est certain que de me retrouver seule à la maison comporte des dangers pour ma santé psychologique. Après le drame, j’ai côtoyé des travailleurs sociaux, car je craignais un choc post-traumatique à retardement. Ils m’ont mise en garde et m’ont invitée à consulter.

Je ne veux pas tomber! Je veux être disponible à 100 % pour mes enfants, mes petits-enfants et mes amis. Je veux faire les voyages que nous rêvions de faire comme couple. Chaque jour, j’ai de petits projets à réaliser et, le soir, je me demande ce que je vais faire le lendemain. Il y a des soirées que je trouve un peu tristes, car me retrouver seule pour les repas, c’est difficile.

Heureusement, je suis bien entourée! Quand j’ai le cafard, j’appelle un membre de ma famille ou un ami. Maintenant, j’ai le temps de relaxer, de penser et de prendre soin de moi.  Toutefois, je demeure vigilante, car je suis toujours sensible à ce qui pourrait m’arriver, comme la dépression ou la maladie… Je sais que je ne suis pas à l’abri.

Malgré tout cela, ma vie se nourrit d’espoir.

Merci, Colette Roy Laroche.

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Mélanie Bourgeois

www.alacourse.com

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